Je suis née à Bordeaux, j’ai grandi en Gironde, je vis depuis quelques mois dans un département voisin, en Charente Maritime. Je connais bien tous ces lieux ravagés par les incendies. Chaque pierre éclatée par la fournaise, chaque arbre dévasté par les flammes, jusqu’à la plus infime bruyère, chaque animal transformé en torche vive, du cerf majestueux à l’insecte le plus petit, chaque maison calcinée, réduite en cendres, chaque pompier intoxiqué, chaque personne évacuée, chaque mort… est une épine qui me lacère. Mon cœur saigne…
Et pourtant, je me sens calme, confiante et détendue. Je connais l’incendie. Je le connais dans mon corps. Depuis plus de trente ans, une maladie auto-immune, inflammatoire, me détruit, par moments à bas bruit, par flambées successives aussi. Je l’ai beaucoup rejetée, puis j’ai appris à l’accepter, à l’accueillir, et même à la vouloir. Puisqu’elle est là.
Au fil des années , elle est devenue mon maître et je me suis laissé enseigner. Elle m’a parlé de mon intellect surpuissant, engendrant, à l’intérieur de moi, des idéaux aussi généreux que délirants, et produisant dans le même souffle, vis-à-vis de moi et des autres, des jugements lapidaires et, oui, incendiaires… Elle m’a raconté l’histoire d’une enfance où mes émotions et mes sensations n’ont cessé d’être ignorées, invalidées, rejetées, provoquant l’assèchement progressif de ces eaux matricielles où s’origine toute subjectivité bien sentie. Elle m’a révélé toutes ces arènes inconscientes peuplées de gladiateurs qui se combattent avec des lances (à incendies ?!) et d’instances supérieures levant ou baissant le pouce pour clore le combat, jusqu’au suivant.
Elle m’a montré la sortie aussi. On n’achève pas une guerre en lui livrant bataille. On fait la paix en rendant les armes. En reconnaissant avec douceur qu’on ne sait pas, qu’on n’a jamais su, qu’on ne comprend pas. En devenant curieux de Soi en soi comme du Soi en l’autre. En oubliant les idéaux, aussi beaux soient-ils, qui nous coupent du monde tel qu’il est. En nous convertissant, chaque jour de nouveau, à ce qui est.
‘Incendies’, c’est le titre d’une pièce de théâtre de Wajdi Mouawad ; des années plus tard, dans son ‘Journal du Confinement’, il parlait entre mille autres sujets de son enfance sous les bombes lors de la guerre qui a fait rage au Liban ; il y racontait notamment ce souvenir d’une nuit striée de missiles et de la beauté insensée qui l’avait saisi dans la contemplation de cette ténèbre traversée d’éclats de lumière. C’est vrai. Ces photos des flammes qui ravagent ces lieux chers à mon cœur sont magnifiques. Je ne sais pas comment il est possible de tenir ensemble la détresse et la beauté sublime. Mais c’est possible.
On ne dépasse pas un drame ou un traumatisme. On l’intègre, on apprend à vivre avec. On l’incorpore. Jusqu’à ce que sa brûlure s’apaise, quand il ne reste plus que quelques braises qui rayonnent doucement…
Un cœur meurtri est un cœur vivant…
C’est depuis ce chemin de tendresse en moi que je m’associe avec les propositions de prières collectives et de voyages chamaniques qui émergent sur les réseaux sociaux pour que convergent les énergies de bonne volonté qui aspirent à l’apaisement des incendies, de tous les incendies…
Judîth au 26ème jour du mois de juillet en l’an de grâce 2026
Nous sommes venus nous incarner dans une culture qui n’est pas initiatique. Ainsi, on ne nous a pas enseigné que la fonction du ‘MoiJe’ est de se mettre au service de notre Âme et de notre Esprit Saint. J’ai beaucoup de compassion pour notre pauvre petit ‘MoiJe’ qui se met au service de ce qui lui est proposé : les attentes familiales, sociales, culturelles, toutes extérieures à Soi.
Il en faut des tours et des détours dans notre Vie incarnée, souvent tellement douloureuse, pour nous détourner de l’extériorité primaire et prendre conscience de cette force de Vie qui nous anime intérieurement, profondément. L’accepter puis L’accueillir puis La vouloir ! Nous mettre au service de notre mission d’Âme telle qu’Elle se déploie ! Et puis la faire vivre, l’incarner, dans ce monde extérieur tel qu’il est. Et contribuer ainsi à ce monde qui nous entoure.
C’est un chemin de discernement de Soi à soi, puis de soi à l’autre… Un chemin de tendresse…
Judîth au 17ème jour du mois de juillet en l’an de grâce 2026
Photo : Abraham accueille son Âme multiple, tous ses potentiels qui demandent à se mettre au monde à travers lui (voutain de la cathédrale de Poitiers).
On les appelle Lettres hébraïques et Texte biblique. Ils me parlent de la Tradition d’un peuple nomade, les Hébreux, qui vivaient dans l’Antiquité. De si loin, qu’ont-ils donc à me révéler ?
Les Lettres m’éclairent sur les signes des temps, dans ma sphère privée comme dans le vaste monde. Le Texte me déplie une cartographie de voyages intérieurs – extérieurs, que je qualifierais volontiers de chamaniques, puisque ce mot existe désormais.
En explorant quotidiennement les Lettres et le Texte, j’ai cette sensation puissante et délicieuse de me transformer en chercheur d’or. Je m’agenouille dans le fleuve de Vie où chaque pépite qui m’est offerte emplit mon cœur de gratitude.
L’or est inaltérable. L’air, l’eau, le temps ne l’affectent pas, pas plus que mes pensées, mes émotions ou ma prétendue maturité. Je reste une éternelle enfant et je m’émerveille de ces pépites qui font fondre mon cœur et me donnent une épée qui, dans mes croyances, si ternes, si enfermantes, ouvre des brèches de lumière et de toute beauté…
En explorant quotidiennement les Lettres et le Texte, je me réconcilie avec ma vie, avec le monde aussi. Les épreuves ne me plombent plus, elles sont devenues l’annonce d’une traversée à vivre. J’en connais l’inconfort tout autant que l’intensité et le passage peut avoir lieu.
Je m’agenouille dans le fleuve de Vie, le voyage me saisit. Aussi loin qu’il m’emmène, il ne fait que commencer.
Judîth au 7ème jour du mois de juillet en l’an de grâce 2026.
Elle porte dans sa main gauche un plat en forme de mandorle, positionné au niveau de son plexus solaire. Elle se laisse donc toucher au cœur, Lucie ! Elle cueille le moment et se laisse cueillir, prend la responsabilité et se laisse déprendre, et voici que rayonne la Vie ardente…
De sa main droite qui bénit, elle tient délicatement cette plume couleur nuit. Faille, fissure, béance, qui ouvre vers un monde autre et laisse ses yeux rêveurs… De cette ténèbre qui transparaît dans la plume jaillit une lumière qui vient piquer ses yeux, épépiner ses pupilles, l’amène à s’inventer de nouveaux regards qui envisagent au-delà…
Dans un chemin spirituel, il n’est peut-être d’autre maturité que celle du sevrage : de sauts de puce en sauts quantiques, quitter pour aller vers…
Judîth au 13ème jour du mois de décembre en l’an de grâce 2025
Sainte Lucie (1440) de Sano di Pietro (1405/10 – 1481)
Lettres Hébraïques, vous portez en vous les grandes lois qui structurent tout l’univers : le cosmos, la nature, les civilisations, les traditions, l’âme-corps… Vous découvrir est une invitation à nous retirer dans notre chambre haute, à l’intérieur de nous-mêmes, et de là, observer l’Arbre que nous sommes : enraciné dans la terre sombre, ancré dans la lumière du ciel, se déployant dans une verticale pleine de souplesse, et aussi bois, sève, écorce. Vous découvrir est l’occasion de nous découvrir, dans nos chemins d’expériences, dans notre joie essentielle à accomplir notre noyau divin fondateur…
Lettres Hébraïques, êtes-vous 22, 27 ou 32 ? Êtes-vous cycles, structures ou lignes d’énergies ? Faut-il écouter vos effets de résonance d’un nom à l’autre ou regarder comment vos formes s’appellent et se répondent ? Êtes-vous masculines, féminines, ou tout à la fois ? Vous représentez tant de champs d’expériences possibles ! Alors, à l’image des Hébreux, nous tâcherons de traverser les frontières sans relâche… Et en même temps, tel Noé qui fait monter tous ses animaux intérieurs dans son arche, il faudra bien aussi vous unifier dans le champ de l’alphabet…
Lettres Hébraïques, parce que vous informez tout le Texte sacré hébreu (et grec !), parce que vous êtes au fond les grands archétypes qui sous-tendent nos vies incarnées, nous écouterons quelques contes, légendes, paraboles, mythes… Comme ce savoureux récit où il nous est dit qu’avant de créer le monde, le Saint béni soit-Il commence par vous créer, et pendant deux mille ans, Il vous observe et se réjouit !…
Et puis, si vous nous en donnez l’autorisation, nous ferons même l’expérience de vous graphier, vous raconter, vous imaginer, vous poétiser… Peut-être deviendrez-vous ainsi le fruit qui nourrit, l’eau vive qui revivifie, le fil pour tisser-détisser-retisser notre histoire, le chemin où peut s’envisager une part de notre vérité…
Lettres Hébraïques, vous êtes des diamants aux facettes infinies… Nul ne peut en faire le tour, mais cela doit-il nous arrêter ? A vous correspondent ces paroles de St Isidore de Séville : “Étudiez comme si vous deviez vivre toujours, vivez comme si vous deviez mourir demain.” Ou encore cette phrase de Brancusi : “L’art – mais il n’y a pas encore eu de l’art – l’art ne fait que commencer.”
~ Judith ~ au 3ème jour du mois de juin en l’an de grâce 2024
Ce dessin de Joann Sfar me rappelle cette histoire du sage qui demande à ses disciples : « Quand sais-tu que la nuit est terminée et que le jour s’est levé ? »
…
« Quand tu vois apparaître sur le chemin un étranger et que tu le reconnais pour ce qu’il est : ton frère. »
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Grâce soit rendue aux porteurs de lumière, ils nous ouvrent la porte vers la nécessaire conversion intérieure…
~ Judith ~ au 27ème jour du mois de mai en l’an de grâce 2024
C’est une image que j’aime beaucoup, qui me touche tout particulièrement :
cette vision depuis l’intérieur,
du tombeau, de la chrysalide, du grain,
quand l’élan du Vivant a jailli dans sa force silencieuse et nucléaire,
et qu’il ne reste que cet éblouissement du big bang,
cette empreinte profonde qui brûle le regard, incendie l’âme,
quand il est donné de devenir aveugle aux circonstances formelles
et voyant du feu de Vie qui circule partout -partout !- comme une sève féconde…
et puis humblement ignorant de la source de cette fécondité et radicalement étonné de son effet.
« Si nous avons senti ce Soleil dedans, cette flamme, cette vie vivante, fût-ce une seconde dans une existence, tout est changé ; c’est un souvenir devant lequel tous les autres sont pâles. » (Satprem)
« La pression devient tellement grande et l’intensité de la question tellement forte, que quelque chose bascule dans la conscience. Au lieu d’être dehors et de chercher à voir dedans, on est dedans ; et de la minute où l’on est dedans, absolument tout change, complètement. Tout ce qui vous paraissait vrai, naturel, normal, réel, tangible, tout cela immédiatement vous paraît très grotesque, très drôle, très irréel, très absurde. Mais on a touché quelque chose qui est suprêmement vrai et éternellement beau ; et cela, on ne le perd plus. » (Mère)
~ Judith ~ au 31ème jour du mois de mars en l’an de grâce 2024