Un jour, quand j’étais adolescente, mon frère m’a donné une grande leçon. Je lui disais que je n’arrivais jamais à me souvenir, entre les 2 Allemagnes, la RDA et la RFA, laquelle était à l’est et laquelle était à l’ouest. Il m’a répondu : “ce n’est pas difficile, c’est celle qui se dit démocratique qui ne l’est pas…”
Depuis, je ne cesse de revisiter cette phrase et d’en mesurer la portée, à bien des niveaux.
Par exemple, si une fleur est rose, c’est justement parce que le rose est la couleur du prisme lumineux que cette fleur ne peut pas intégrer et qu’elle rejette donc. En conséquence, nous voyons la fleur rose parce que c’est la couleur qu’elle n’est pas !
Autre exemple qui m’est arrivé il y a trois ans : j’ai reçu une proposition pour participer à une émission de Radio ‘Respect’ (nom modifié), station qui s’affiche avec une coloration politique marquée, celle de l’extrême-droite. J’ai envoyé un mail pour refuser l’invitation à participer à cette émission, en parlant de la coloration politique de cette station et en exprimant quelques unes des facettes de mon enseignement pour bien montrer à quel point il y avait peu de chances pour que mon discours soit en phase avec la ligne de cette radio. J’ai écrit un mail posé, tâchant par ailleurs de rester dans l’ouverture, c’est-à-dire sans jamais critiquer radio Respect, et encore moins les personnes. J’ai reçu en réponse un mail hyper émotionnel, avec des attaques personnelles en rafales. Point d’orgue de ces attaques (et dernière phrase du mail) : il existe “des démons dont on a à peine l’imagination et dont vous êtes, chère Madame, en ce moment même, le plus évident reflet.” Ce que je trouve instructif, c’est que, comme toujours, nos croyances génèrent nos réactions. Ce monsieur croit aux démons et aux serviteurs de Dieu, aux ténèbres et à la lumière (dans une acception morale), et en conséquence, tous ceux qu’ils rencontrent vont être classés d’un côté ou de l’autre, selon s’il peut se relier à eux ou non. Cela est d’ailleurs vrai pour toute personne qui pense qu’il y a des bons ou des méchants, quelle que soit la couleur politique ou philosophique ou éthique ou écologique de cette morale… Et puis, pour revenir au sujet de cette publication, son mail était bien peu respectueux, eu égard au nom de la radio…
En somme, ce que nous disons être, c’est peut-être justement ce que nous ne sommes pas…
Voilà de quoi méditer toute une vie… et rester très humble…
~ Judith ~ au 25ème jour du mois de janvier en l’an de grâce 2024
il n’y a rien de ce que je pourrais vous offrir que vous ne possédiez déjà, mais il y a beaucoup de choses que je ne puis vous donner et que vous pouvez prendre.
Le ciel ne peut descendre jusqu’à nous, à moins que notre cœur n’y trouve aujourd’hui même son repos. Prenez donc le ciel.
Il n’existe pas de paix dans l’avenir qui ne soit caché dans ce court moment présent. Prenez donc la paix.
L’obscurité du monde n’est qu’une ombre. Derrière elle, et cependant à notre portée, se trouve la joie. Il y a dans cette obscurité une splendeur et une joie ineffables si nous pouvions seulement les voir. Et pour voir, vous n’avez qu’à regarder. Je vous prie donc de regarder.
La vie est généreuse donatrice, mais nous, qui jugeons ses dons d’après l’apparence, nous les rejetons, les trouvant laids ou pesants, ou durs. Enlevons cette enveloppe et nous trouverons au-dessous d’elle une vivante splendeur, tissée d’amour par la sagesse, avec d’abondants pouvoirs. Accueillez-la, saisissez-la et vous toucherez la main de l’ange qui vous l’apporte.
Dans chaque chose que nous appelons une épreuve, un chagrin ou un devoir, se trouve, croyez-moi, la main de l’ange ; le don est là, ainsi que la merveille d’une présence sans ombre.
De même pour nos joies : ne vous en contentez pas en tant que joies, elles aussi cachent des dons divins.
La vie est tellement emplie de sens et de propos, tellement pleine de beautés au-dessous de son enveloppe, que vous apercevrez que la terre ne fait que recouvrir votre ciel. Courage donc pour le réclamer. C’est tout. Mais vous avez du courage et vous savez que nous sommes ensemble des pèlerins qui, à travers des pays inconnus, se dirigent vers leur patrie.
Ainsi, en ce jour de Noël, je vous salue, non pas exactement à la manière dont le monde envoie ses salutations, mais avec la prière : que pour vous, maintenant et à jamais, le jour se lève et les ombres s’enfuient.”
Lettre à un ami – Fra Angelico
Détail du Couronnement de la Vierge (1434-35 – galerie des Offices, Florence) – Fra Angelico
C’est une nuit immense qui commence ce soir, une nuit augmentée… Je m’y prépare avec délectation dans la solitude du désert intérieur, que n’empêche pas le monde autour, dans le silence des profondeurs, qui n’est pas l’absence de ce qui bruit, dans le recueillement au plus intime de moi, qui rejoint aussi l’autre par la voie de l’âme…
Qu’il me soit ici donné l’occasion de rendre grâce aux anges qui, par les épreuves de ma vie incarnée m’ont très tôt initiée à la ténèbre, à la solitude et au silence, si bien que lorsque le nomadisme intérieur s’est révélé à moi, j’étais fin prête…
Je rends grâce aussi, infiniment, à Celle qui m’accompagne de loin en loin, de bientôt en bientôt, d’ici en maintenant. Je me sens bénie, tellement…
À tant d’égards, me voici profondément nouvelle, en ce jour, préparée à accueillir la nuit qui vient, cette germination du noyau divin, cet élan du Vivant, bruissement d’ailes subtiles, plénitude de ce qui demande à naître, Présence rayonnante…
J’entre en cet instant avec gratitude et volupté dans la solitude et le silence où s’apprivoise au fil d’un temps incertain, inédit, singulier, l’appel de la Vie vivante…
Que cette fête de la Nativité vous soit douce et joyeuse, dans la Présence à Ce qui vient, qui est encore peu Et qui, déjà, se déploie…
Heureuse la solitude, qui est ancrage en ciel comme en terre. Heureux le silence, qui en est le chemin, où seuls les anges, seuls…
~ Judith ~ au 24ème jour du mois de décembre en l’an de grâce 2023
Ce sont des jours un peu particuliers, tissés de nuit, à peine ourlés de lumière…
Ils me vont bien. J’aime la ténèbre et le silence… Je n’en ai pas peur, non, mais je les crains, oui. Au sens où je crains d’être détournée de la Vie vivante qui fait brèche… Alors, je me tiens aussi présente qu’il m’est donné de l’être. Et je demeure les mains ouvertes, humblement, et immensément reconnaissante…
L’étoile nous guide, les anges nous accompagnent, réjouissons-nous, déjà!
~ Judith ~ au 23ème jour du mois de décembre en l’an de grâce 2023
Dans une semaine, un nouveau cycle dans sept jours, un nouvel Adam dans un quart de lune, une nouvelle lumière…
Quand le voyage atteint son terme, commence alors le vrai voyage…
Il n’est peut-être d’autre harmonie que d’accueillir le chaos, peut-être d’autre joie que de goûter l’impuissance, d’autre service que d’être déchargé de mission…
Dans le chemin de la Parole, le Silence est un bon compagnon…
~ Judith ~ au 18ème jour du mois de décembre en l’an de grâce 2023
Ses yeux, qui reposent en nombre dans le plat et hantent ses orbites, viennent dire les arrachements nombreux pour se réinventer des regards qui envisagent…
J’aime ce plat en forme de mandorle… qu’elle porte de sa main gauche ב, au niveau de son plexus solaire Tiphereth תפארת . Là où l’on cueille et se laisse cueillir, où l’on arrache et se laisse arracher, rayonne la gloire…
Et cette plume qu’elle tient délicatement de sa main droite א qui bénit, et qui ressemble à une faille, une fissure, une béance… qui laisse ses yeux rêveurs…
De cette ténèbre qui transparaît dans la plume semble jaillir une lumière pour Lucie qui vient piquer son regard, épépiner ses pupilles, et l’amène à s’inventer de nouveaux yeux…
J’aime les histoires qui s’inventent de mot en mot, comme autant de sauts de puce!
Parce qu’au fond les histoires m’inventent…
~ Judith ~ au 13ème jour du mois de décembre en l’an de grâce 2023
Sainte Lucie (1440) Sano di Pietro (1405/10 – 1481) Tempera sur panneau de bois. 72 x 47,8 cm (Palazzo Sansedoni, Sienne)
Rayonnement d’un feu du cœur jusqu’à la surface, déploiement d’une puissance nucléaire qui irradie tout, joie qui vient des profondeurs et circonvole…
Sur un visage humain, ce serait déjà un sourire splendide, mais sur une statue de pierre!…
~ Judith ~ au 5ème jour du mois de décembre en l’an de grâce 2023
Détail de la statue gothique polychrome (13ème siècle) représentant la princesse polonaise Reglindis, margravine de Misnie (cathédrale de Naumburg an der Saale, en Allemagne)
J’ai longtemps cru qu’il ne se passait pas grand-chose dans la chrysalide, que la chenille perdait quelques pattes et qu’il lui poussait des ailes. En fait, dans le cocon à l’abri des regards, la chenille s’auto-détruit. Plus précisément, elle s’auto-digère : elle génère elle-même les sucs qui déstructurent totalement ses chairs jusqu’à en devenir de la bouillie. Oui, mais pas n’importe quelle bouillie. C’est un magma cellulaire qui va progressivement se structurer pour devenir un papillon! Un tout autre être, donc.
De manière peut-être similaire, les crises biologiques et écologiques qui ont jalonné l’évolution des espèces de notre planète ont à chaque fois permis la transition de formes de vie dominantes à de nouvelles formes de vie dominantes. À chaque fois, des quantités phénoménales d’espèces ont disparu et puis d’autres apparaissaient…
La Vie n’a pas attendu l’apparition de l’espèce humaine pour générer violence et souffrance. Nous pouvons nous pâmer devant la beauté paisible de certains paysages ; cela n’empêche pas les végétaux d’œuvrer à bas bruits : ils collaborent tout en luttant aussi, parfois à mort, pour l’eau, les minéraux, la lumière. Nous pouvons nous extasier sur les animaux qui sont si beaux, si mignons : c’est vrai, ils sont capables d’entraide et ils sont aussi prêts à chasser, pourchasser, dévorer leurs proies ou à défendre leur territoire âprement et conquérir avec grand déploiement de force agressive celui de l’autre…
Oui, la Vie est violente, et toutes les formes du Vivant canalisent cette violence et expérimentent la souffrance au passage.
Quant à la croyance que l’espèce humaine étant dotée de conscience (et, si cela ne suffit pas, de « pleine conscience »), elle devrait de ce fait s’avérer prémunie d’être violente, voilà qui ne nous prépare en rien à nous confronter à la violence-qui-est. C’est une croyance qui nous ajoute beaucoup de souffrance : à chaque flambée de violence, nous sommes stupéfaits, dépités, démunis, tristes, en colère, … Et nous utilisons notre précieuse énergie à contester, récriminer, juger, condamner, désespérer, … ou encore à nous blinder, nous anesthésier, nous chloroformer et détourner le regard…
Oh notre précieuse énergie!
Notre énergie si précieuse pour voir, sentir, acter l’espérance! L’espérance… qui est l’intégration de l’expérience que la violence et la souffrance font parties intégrantes de la Vie nourricière, fécondante, transformante, spiralante…
Attention : il ne s’agit pas de rechercher la violence et la souffrance, certainement pas! Juste un peu de patience : elles viennent très bien toutes seules, à leur rythme…
Peut-être l’enjeu est-il d’accueillir notre violence et notre souffrance et de les accompagner, en demeurant ancrés dans l’espérance. Au fond, d’être en paix avec nos guerres…
Alors, nous sommes peut-être invités à devenir des praticiens de cet art martial qu’est le quotidien, où toute Vie prend forme, se déforme, se transforme, animée par une force -de Vie- dont nous ne détenons ni les tenants ni les aboutissants mais qui, indéniablement, jaillit… Invitation à danser avec la force de Vie qui nous transperce, et avec le précipice, aussi.
Nous pouvons peut-être mieux comprendre aussi pourquoi tous les Textes traditionnels de toutes les Traditions sont tissés de violence et de souffrance. Ce sont des textes initiatiques, qui ont donc pour vocation de nous initier aux grandes lois de cet art martial du quotidien…
Art martial.
Art de Mars.
Et Mars, c’est le mois du printemps, du renouveau, où tout est progressivement revivifié… Joie!
~ Judith ~ au 18ème jour du mois d’octobre en l’an de grâce 2023